Jean-Claude Mahoune, spécialiste des musiques traditionnelles seychelloises #1

Etude musicologique seychelloise

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Fanie Précourt

7 avril 2026

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Issu du projet « Phonothèque Historique de l’Océan Indien : collecter, sauvegarder et partager le patrimoine musical », cofinancé par le programme Interreg VI OI 2021-2027, l’Ambassade de France aux Seychelles, la Région Réunion, la DAC et le conseil Départemental de La Réunion, ce travail s’inscrit dans la continuité des études organologiques menées à Mayotte en 2022 et à La Réunion en 2023. Dans cette dynamique, l’équipe de la PHOI a poursuivi sa mission de collectage aux Seychelles durant les mois d’octobre et de novembre 2025. Les témoignages recueillis, principalement auprès des musiciens et des facteurs d’instruments, ont pour objectifs de valoriser les pratiques musicales seychelloises, d’en assurer la transmission et la pérennité et de permettre au grand public de redécouvrir — ou de découvrir — les traditions passées et contemporaines ainsi que les instruments qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’identité culturelle régionale.

À travers ces podcasts, les artistes se livrent également sur leurs parcours et leurs conditions d’exercice actuelles. Ils dressent un état des lieux de la vie culturelle de l’archipel, évoquent les dynamiques en cours, mais aussi les difficultés et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Ces récits offrent ainsi un éclairage précieux sur les réalités contemporaines du secteur.

Etude musicologique seychelloise - Interview de Jean-Claude Mahoune, Mahé, 08/25.

Dans ce podcast, Jean-Claude Pascal Mahoune, né en 1959, s’appuie sur ses connaissances d’historien pour nous parler des musiques traditionnelles des Seychelles. Il commence par le sega, souvent perçu comme une musique exclusivement mauricienne, mais qui existe bel et bien dans l’archipel. Autrefois, on pratiquait notamment le sega tranble, très répandu chez les habitants de La Digue. Son rythme rapide provoquait un tremblement caractéristique chez les danseurs. Comme pour le moutya, ces segas étaient chantés et dansés par les populations rurales, à même la terre battue, dans la poussière. Le moutya et le sega tranble étaient associés aux classes populaires, tandis que le kanmtole appartenait davantage à la classe moyenne. De nombreuses salles de danse accueillaient alors le sega ainsi que des danses d’origine européenne, qui ont contribué à façonner le séga moderne. Le kanmtole, en particulier, désigne un ensemble de danses importées par les colons français à partir de 1770 (valse, polka, mazurka, scottish…), autrefois pratiquées à la cour du Roi Soleil. Au fil du temps, ces répertoires se sont créolisés et codifiés (vals, kotis, one step, mazok…), intégrant également des contredanses, soit des danses commandées. Lors de ces bals, les jeunes se rencontraient sous la surveillance des parents. L’orchestre se composait généralement d’un violon, d’un banjo, d’un harmonica, d’un accordéon et d’un triangle joué par le komander. Les chants pouvaient être improvisés à partir de faits du quotidien, même si certains avaient été rapportés d’Europe par les militaires. Le kanmtole est sans doute la pratique la mieux préservée, car elle concernait la classe moyenne et occupait une place centrale dans les mariages. Véritable vecteur de sociabilité, cette danse favorisait le rapprochement physique — à la différence du moutya. Elle fait aujourd’hui partie intégrante de l’histoire culturelle des Seychelles, bien qu’elle se raréfie à partir des années 1960, laissant progressivement la place au séga moderne.

Fanie Précourt