Instruments de musique des Seychelles
Les membranophones
publié par
Fanie Précourt
1 mai 2026
À 1 700 km des côtes africaines orientales, 1 100 km de celles de Madagascar et 2 800 km de la côte ouest de l’Inde, la République des Seychelles comprend quatre archipels : celui des Seychelles proprement dit (constitué d’une trentaine d’îlots, dont les principaux sont Mahé, Praslin, La Digue et Bird Island), ainsi que les îles Amirantes, les atolls Farquhar et Aldabra. L’ensemble des Seychelles compte 115 îles et îlots, répartis sur 400 000 km², pour une superficie terrestre totale de 452 km².
La population seychelloise s’élève aujourd’hui à 135 000 habitants, dont 80 000 résident sur Mahé. Elle est le fruit de métissages entre les Français (occupation de 1756 à 1810), les Anglais (régime colonial britannique de 1810 à 1976) et les Afro-Malgaches (issus de l’esclavagisme de 1770 à 1835), aux côtés de minorités indiennes, comoriennes et chinoises (descendants de coolies recrutés durant la période de l’engagisme, entre 1840 et 1930).
La population est majoritairement catholique (90 %). Le créole seychellois est parlé par 90 % des habitants, tandis que le français et l’anglais sont utilisés respectivement par 40 % et 30 % de la population.
Devenu République des Seychelles en 1976, l’archipel s’illustre aujourd’hui par une culture musicale ancestrale et pluriethnique, intimement liée aux flux migratoires des pays colonisateurs ainsi qu’aux échanges avec les îles et pays de la région. Dans cette zone d’identité culturelle commune, les pratiques musicales seychelloises se situent à la croisée des héritages africains, malgaches, indiens et européens.
Les îles abritent différents types d’instruments de musique, caractérisés par leurs matériaux, formes, techniques de fabrication et sonorités. Fruits de l’ingéniosité des facteurs, ces instruments présentent des singularités uniques, que nous vous invitons à découvrir à travers quatre articles consacrés aux quatre familles organologiques : les membranophones, les idiophones, les cordophones et les aérophones.
Les membranophones
Dans la famille des membranophones, qui regroupe les instruments dont le son est produit par la vibration d’une membrane tendue sur une caisse ou un cadre, sont présents aux Seychelles trois instruments traditionnels et contemporains, qui sont le tanbour moutya, le tanbour sega et la batterie. Le tanbour moutya demeure un élément essentiel de la pratique musicale traditionnelle, notamment pour l’accompagnement de la danse et des chants du même nom. En revanche, le tanbour sega a disparu de la pratique instrumentale contemporaine, remplacé le plus souvent par la batterie ou le djembé, instruments plus adaptés aux ensembles modernes et aux pratiques collectives. Ces membranophones, qu’ils soient conservés ou remplacés, témoignent de l’évolution des traditions musicales seychelloises et de la transition entre héritage ancestral et expressions contemporaines.
Le tanbour moutya
Ce tambour sur cadre, comparable à la ravann de l'île Maurice, au tanbour de Rodrigues et à l'amponga tapaka de Madagascar, existe sous des formes similaires en Asie du Sud-Ouest, Mélanésie, Polynésie et en Afrique portugaise.
Le tanbour moutya consiste en un cercle de bois d'une soixantaine de centimètres de diamètre et d'environ cinq d'épaisseur, recouvert d'une peau de cabri et pourvu de cymbalettes d'acier insérées en trois points équidistants. Ainsi, il fait à la fois partie de la famille des membranophones (puisque sa peau est percutée), et celle des idiophones (par entrechoc des cymbalettes.) L'instrumentiste s'exécute généralement assis, se servant de sa jambe pour supporter le tambour. Ainsi, elle assure la stabilité tout en laissant la main libre d'effectuer les battements. Alors que la main gauche pour un droitier se cale à l'opposé de la jambe, la droite frappe de plein fouet le centre ou le bord de la peau. Celle-ci doit être chauffée avant le jeu afin d'être tendue au maximum pour une meilleure résonance. Le tanbour moutya joue le soubassement rythmique du répertoire du même nom. Au sein d’un groupe, il y a traditionnellement trois joueurs de tanbour moutya, correspondant à trois tailles d’instruments (18, 20 et 22 pouces appelés piti, mama et papa) s’exécutant en polyrythmie. Aujourd’hui, cet instrument pourtant emblématique du moutya n’est quasiment plus fabriqué au sein de l’archipel (par manque de facteurs et de matériaux). Des ravann sont importés de l’île Maurice et tendent à le supplanter.
Le tanbour sega
Ce tambour tubulaire, parfois légèrement conique, à l'image du tambour vouve ou du tambour long, jadis joué à la Réunion, s'apparente à l’atabaque de Madagascar (que l'on retrouve également sous la forme similaire au Brésil pour accompagner la capoeira). Il est fait d'une section (d'environ quatre-vingt cm de hauteur) de tronc de cocotier évidé et dont la plus grande extrémité est recouverte d'une peau de bœuf ou de cabri collée, traditionnellement cloutée. Il existe de rares modèles faits d’une section de bambou. Le tanbour sega est parfois muni d'une bandoulière, permettant au musicien de jouer des deux mains debout. Il peut également s'exécuter sur deux tambours de tailles différentes. Le grand modèle se nomme alors sega, le petit signal. Comme son nom le suggère, ce tambour est traditionnellement utilisé dans le sega traditionnel, mais aujourd’hui disparu de la pratique vivante, il a totalement été remplacé par le djembé, voire le tanbour moutya.
La batterie
La batterie, instrument moderne d’origine occidentale, s’est imposée aux Seychelles comme principal substitut du tanbour sega depuis la seconde moitié du XXème siècle. Composée de caisses claires, toms et cymbales, elle permet d’assurer à la fois l’accompagnement rythmique et la dynamique des musiques populaires et festives. Sa polyvalence et sa puissance sonore en font un instrument privilégié pour les orchestres contemporains, tout en restant intimement liée aux rythmes traditionnels seychellois tels que le sega et le kanmtole, qu’elle contribue à perpétuer.
Fanie Précourt
