Victorin Laboudallon, témoin de la vie culturelle des Chagos

Ethnographie des musiciens seychellois

publié par

Fanie Précourt

6 octobre 2026

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Issu du projet « Phonothèque Historique de l’Océan Indien : collecter, sauvegarder et partager le patrimoine musical », cofinancé par le programme Interreg VI OI 2021-2027, l’Ambassade de France aux Seychelles, la Région Réunion, la DAC et le conseil Départemental de La Réunion, ce travail s’inscrit dans la continuité des études organologiques menées à Mayotte en 2022 et à La Réunion en 2023. Dans cette dynamique, l’équipe de la PHOI a poursuivi sa mission de collectage aux Seychelles durant les mois d’octobre et de novembre 2025.

Les témoignages recueillis, principalement auprès des musiciens et des facteurs d’instruments, ont pour objectifs de valoriser les pratiques musicales seychelloises, d’en assurer la transmission et la pérennité et de permettre au grand public de redécouvrir — ou de découvrir — les traditions passées et contemporaines ainsi que les instruments qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’identité culturelle régionale. À travers ces podcasts, les artistes se livrent également sur leurs parcours et leurs conditions d’exercice actuelles. Ils dressent un état des lieux de la vie culturelle de l’archipel, évoquent les dynamiques en cours, mais aussi les difficultés et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Ces récits offrent ainsi un éclairage précieux sur les réalités contemporaines du secteur.

Ethnographie des musiciens - Interview de Victorin Laboudallon - Praslin, 11/25.

Dans ce podcast, Victorin Laboudallon, né à Mahé en 1954, partage ses souvenirs des festivités de Diego Garcia, une île de l’archipel des Chagos dont la population a été victime d’un exil forcé jusqu’en 1971. Il a eu l’opportunité de s’y rendre à deux reprises, en 1967 puis en 1980. Musicien passionné, il y a composé plusieurs titres jusqu’à son expulsion par les Américains et son retour contraint aux Seychelles. Son morceau le plus connu, "Edna", a été enregistré sur cassette. Son groupe de musiciens était composé de batteurs de tanbour, tandis que lui jouait de la guitare. Ensemble, ils interprétaient de nombreux sega, très appréciés des danseurs. Les tanbour étaient fabriqués à partir de peaux de cabris et de bourriques. Pour accompagner certains sega, on utilisait aussi des barriques métalliques (celles qui servaient notamment à transporter l’essence pour allumer les feux). Un espace était toujours dédié aux rassemblements festifs, où l’on allumait un feu afin de chauffer les instruments. La fête débutait souvent par un sega larond : les hommes formaient l’avant du cercle et les femmes suivaient derrière, permettant de rassembler les habitants des alentours. Deux groupes partaient alors des extrémités opposées de l’île (l’un de l’est, l’autre de l’ouest), pour se rejoindre au centre, marquant ainsi le début du sega. Le moutya, quant à lui, pouvait être saboté à l’aide de graines de filaos, de takamaka ou de petites noix de coco. Si quelqu’un était surpris avec ces végétaux dans ses poches, il risquait l’expulsion. Car jetées dans le feu, ces graines éclataient et endommageaient la peau des tanbour. Un mot particulier “aylanbo” était également utilisé pour interrompre immédiatement le jeu des tanbour lors d’un moutya. Il signalait qu’un accident venait de se produire, comme un incendie ou le chavirement d’un bateau. Parallèlement, il était interdit de jouer du moutya à Victoria sur l’île Mahé, sous peine de contravention. Cette musique était donc principalement pratiquée sur les îles éloignées. Les hommes d’Église allaient parfois jusqu’à casser les tanbours utilisés lors des veillées du samedi soir, jouant ainsi un rôle majeur dans l’interdiction de cette tradition.

Fanie Précourt

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