Patrick Victor, musicien et ambassadeur culturel honoraire

Ethnographie des musiciens seychellois

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Fanie Précourt

4 septembre 2026

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Issu du projet « Phonothèque Historique de l’Océan Indien : collecter, sauvegarder et partager le patrimoine musical », cofinancé par le programme Interreg VI OI 2021-2027, l’Ambassade de France aux Seychelles, la Région Réunion, la DAC et le conseil Départemental de La Réunion, ce travail s’inscrit dans la continuité des études organologiques menées à Mayotte en 2022 et à La Réunion en 2023. Dans cette dynamique, l’équipe de la PHOI a poursuivi sa mission de collectage aux Seychelles durant les mois d’octobre et de novembre 2025. Les témoignages recueillis, principalement auprès des musiciens et des facteurs d’instruments, ont pour objectifs de valoriser les pratiques musicales seychelloises, d’en assurer la transmission et la pérennité et de permettre au grand public de redécouvrir — ou de découvrir — les traditions passées et contemporaines ainsi que les instruments qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’identité culturelle régionale.

À travers ces podcasts, les artistes se livrent également sur leurs parcours et leurs conditions d’exercice actuelles. Ils dressent un état des lieux de la vie culturelle de l’archipel, évoquent les dynamiques en cours, mais aussi les difficultés et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Ces récits offrent ainsi un éclairage précieux sur les réalités contemporaines du secteur.

Ethnographie des musiciens - Interview de Patrick Victor - Mahé, 11/25.

Dans ce podcast, Patrick Victor, né en 1952, affirme avec force le droit de pratiquer le moutya, au même titre que la langue créole, qu’il considère comme un héritage précieux légué par ses ancêtres et longtemps réprimé par le pouvoir colonial. Issu d’une famille de musiciens (un grand-père accordéoniste et une mère chanteuse) il se définit comme un artiste profondément ancré dans la créolité, en quête de liens avec ses aïeux dispersés dans l’aire indianocéanique. Selon lui, il existe une identité culturelle commune à cette région : le tanbour moutya des Seychelles fait écho à la ravann mauricienne, et l’on retrouve des patronymes comme Hoareau ou Payet aussi bien à La Digue et Mahé qu’à La Réunion. Il rappelle qu’à une certaine époque, l’usage des tambours, que ce soit pour le moutya ou le tsinge, avait été interdit par la loi, une interdiction abolie seulement récemment. Cette répression a profondément affecté la transmission des savoir-faire. Après l’indépendance, un vaste mouvement de revitalisation culturelle s’est mis en place : des artistes parcouraient les villages pour encourager la pratique des danses, des chants et des instruments traditionnels. Cette dynamique a favorisé l’émergence de nombreux groupes culturels et la création d’une troupe nationale. Le message était clair : « N’ayez pas peur de parler créole et de pratiquer vos musiques et danses traditionnelles. » Patrick Victor évoque également la question de la facture instrumentale. Selon lui, la confiscation des tambours a entraîné une perte de maîtrise dans la fabrication du cercle du tambour sur cadre seychellois. Les instruments anciens, dit-il, possédaient une « âme » que les tambours actuels peinent à retrouver. Son engagement s’inscrit ainsi dans une volonté de réhabiliter non seulement une pratique artistique, mais tout un patrimoine culturel et spirituel.

Fanie Précourt

   

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