Molly Ladouce, héritière du « madilo », « ladans baton »

Ethnographie des musiciens seychellois

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Fanie Précourt

28 août 2026

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Issu du projet « Phonothèque Historique de l’Océan Indien : collecter, sauvegarder et partager le patrimoine musical », cofinancé par le programme Interreg VI OI 2021-2027, l’Ambassade de France aux Seychelles, la Région Réunion, la DAC et le conseil Départemental de La Réunion, ce travail s’inscrit dans la continuité des études organologiques menées à Mayotte en 2022 et à La Réunion en 2023. Dans cette dynamique, l’équipe de la PHOI a poursuivi sa mission de collectage aux Seychelles durant les mois d’octobre et de novembre 2025. Les témoignages recueillis, principalement auprès des musiciens et des facteurs d’instruments, ont pour objectifs de valoriser les pratiques musicales seychelloises, d’en assurer la transmission et la pérennité et de permettre au grand public de redécouvrir — ou de découvrir — les traditions passées et contemporaines ainsi que les instruments qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’identité culturelle régionale.

À travers ces podcasts, les artistes se livrent également sur leurs parcours et leurs conditions d’exercice actuelles. Ils dressent un état des lieux de la vie culturelle de l’archipel, évoquent les dynamiques en cours, mais aussi les difficultés et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Ces récits offrent ainsi un éclairage précieux sur les réalités contemporaines du secteur.

Ethnographie des musiciens - Interview de Molly Ladouce - La Digue, 11/25.

Dans ce podcast, Molly Ladouce, née en 1962, revient sur son parcours au sein du groupe familial “Masezarin”, fondé à La Digue et actif depuis 1977. Elle explique que c’est à l’occasion d’un festival organisé à Praslin que le groupe s’est véritablement structuré. Son goût pour la musique lui vient de sa mère, qui frappait le triyang pour apprendre à la famille à danser le madilo, la danse des bâtons. Cette danse et ce chant lui avaient été transmis par son père, qui les avait observés sur des bateaux malgaches. À l’époque, le madilo était peu connu aux Seychelles. En le présentant lors du festival de Praslin, le groupe Masezarin remporte le premier prix, ce qui les encourage à faire découvrir cette pratique à l’ensemble du pays. Au-delà du madilo, le groupe interprète de nombreuses danses et musiques traditionnelles : moutya, tsinge, rondes, romans… Toutefois, Molly souligne qu’il est difficile de maîtriser à la fois la danse, le chant et la pratique instrumentale, transmission que son grand-père ne leur avait pas assurée. Elle exprime également une certaine amertume. À Mahé notamment, elle affirme que son répertoire est régulièrement repris sans autorisation. Malgré les démarches entreprises pour déclarer le madilo au nom de son groupe, elle constate que certains artistes s’approprient ces créations sans en reconnaître la paternité. Elle déplore une atteinte à ses droits et souhaiterait pouvoir établir un dialogue avec les groupes désireux de valoriser ce répertoire qu’elle a réintroduit dans la culture seychelloise. Enfin, elle évoque les difficultés économiques rencontrées par les artistes de La Digue : négociations constantes avec les hôtels, cachets revus à la baisse, difficultés à percevoir des droits d’auteur. Une situation qui rend la condition d’artiste diguois particulièrement précaire, malgré l’importance de leur contribution au patrimoine culturel national.

Fanie Précourt

   

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