Marius Fanchette, joueur de tambour moutya

Ethnographie des musiciens seychellois

published by

Fanie Précourt

19 août 2026

Share
image 1

        

Issu du projet « Phonothèque Historique de l’Océan Indien : collecter, sauvegarder et partager le patrimoine musical », cofinancé par le programme Interreg VI OI 2021-2027, l’Ambassade de France aux Seychelles, la Région Réunion, la DAC et le conseil Départemental de La Réunion, ce travail s’inscrit dans la continuité des études organologiques menées à Mayotte en 2022 et à La Réunion en 2023. Dans cette dynamique, l’équipe de la PHOI a poursuivi sa mission de collectage aux Seychelles durant les mois d’octobre et de novembre 2025. Les témoignages recueillis, principalement auprès des musiciens et des facteurs d’instruments, ont pour objectifs de valoriser les pratiques musicales seychelloises, d’en assurer la transmission et la pérennité et de permettre au grand public de redécouvrir — ou de découvrir — les traditions passées et contemporaines ainsi que les instruments qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’identité culturelle régionale.

À travers ces podcasts, les artistes se livrent également sur leurs parcours et leurs conditions d’exercice actuelles. Ils dressent un état des lieux de la vie culturelle de l’archipel, évoquent les dynamiques en cours, mais aussi les difficultés et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Ces récits offrent ainsi un éclairage précieux sur les réalités contemporaines du secteur.

Ethnographie des musiciens - Interview de Marius Fanchette - La Digue, 11/25.

Dans ce podcast, Marius Fanchette, né en 1967 à La Digue, évoque son engagement profond en faveur des musiques traditionnelles seychelloises. Membre du groupe “Masezarin” depuis 1982, il défend une pratique ancrée dans la transmission et indépendante des influences gouvernementales. Fils d’un batteur de tanbour moutya, il a appris très jeune en observant son père. Aujourd’hui, il maîtrise le tanbour moutya, le tanbour sega, le triyang ainsi que l’ensemble des percussions propres aux traditions musicales de l’archipel. Il décrit la structure du moutya : la musique débute par l’appel de la « signal », un réceptacle métallique posé sur un pied et frappé à l’aide de deux baguettes en bois (comparable au pikèr réunionnais). Viennent ensuite les tambours d’accompagnement, puis le tambour basse, qui pose le soubassement rythmique en « pilant ». La signal joue un rôle moteur, presque comparable à une guitare lead : dès son entrée, la cadence s’installe pleinement. Au sein de Masezarin, ce sont aujourd’hui les jeunes qui assurent la relève aux tambours, mais Marius souhaiterait qu’ils soient plus nombreux à s’investir afin de garantir la pérennité de ce patrimoine. Il regrette que la musique internationale occupe une place trop importante aux Seychelles et se montre critique envers la radio, insuffisamment engagée dans la diffusion des répertoires locaux. Pour lui, préserver la musique traditionnelle passe aussi par l’apprentissage des danses seychelloises. Autrefois, notamment dans les hauteurs de La Digue, on dansait régulièrement ; chaque district possédait son groupe et démontrait son savoir-faire lors des festivals. Avec la disparition des anciens, cette dynamique s’est affaiblie et certaines valeurs se sont perdues. Le cha-cha-cha, la masezarin, le madilo ou encore le moutya devraient pourtant continuer d’inspirer et de rassembler les Seychellois autour de leur identité culturelle.

Fanie Précourt

   

Fanie Précourt Share