publié par
Fanie Précourt
11 auût 2026
Issu du projet « Phonothèque Historique de l’Océan Indien : collecter, sauvegarder et partager le patrimoine musical », cofinancé par le programme Interreg VI OI 2021-2027, l’Ambassade de France aux Seychelles, la Région Réunion, la DAC et le conseil Départemental de La Réunion, ce travail s’inscrit dans la continuité des études organologiques menées à Mayotte en 2022 et à La Réunion en 2023. Dans cette dynamique, l’équipe de la PHOI a poursuivi sa mission de collectage aux Seychelles durant les mois d’octobre et de novembre 2025. Les témoignages recueillis, principalement auprès des musiciens et des facteurs d’instruments, ont pour objectifs de valoriser les pratiques musicales seychelloises, d’en assurer la transmission et la pérennité et de permettre au grand public de redécouvrir — ou de découvrir — les traditions passées et contemporaines ainsi que les instruments qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’identité culturelle régionale.
À travers ces podcasts, les artistes se livrent également sur leurs parcours et leurs conditions d’exercice actuelles. Ils dressent un état des lieux de la vie culturelle de l’archipel, évoquent les dynamiques en cours, mais aussi les difficultés et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Ces récits offrent ainsi un éclairage précieux sur les réalités contemporaines du secteur.
Ethnographie des musiciens - Interview de Nac Joely - Mahé, 10/25. Dans ce podcast, Julien Essay Quatre, né en 1955, retrace un parcours artistique façonné par la tradition et l’ouverture au monde. Il débute sa carrière en 1992 comme chanteur de kanmtole et guitariste, avant d’élargir progressivement son répertoire aux chansons internationales. Son premier enregistrement a lieu aux côtés de David Philoé à Radyo Sesel, une expérience déterminante qui marque le véritable lancement de sa trajectoire musicale, bientôt poursuivie en solo. Son premier disque lui permet d’enregistrer le titre Pas dormi pays, qui le fait connaître du grand public. Porté par ce succès, sa carrière prend alors son essor : voyages, concerts, nouvelles scènes… Pour lui, la guitare est un instrument aux possibilités infinies, qui permet d’apprendre sans cesse et de progresser continuellement. Parmi ses souvenirs les plus marquants, il évoque ces moments où le public frappait le rythme sur les tables et les assiettes, accompagnant de cuillères les vals et les mazok qu’il interprétait, tandis que les danseurs animaient la piste. Il se rappelle également d’une prestation dans un hôtel à Nairobi, au Kenya, où il joua un sega seychellois : les Africains dansaient avec une ferveur encore plus grande celle des Seychellois. Julien Essay Quatre souligne la richesse du répertoire traditionnel seychellois, tout en reconnaissant l’apport des musiques modernes, qui font évoluer la tradition et favorisent les métissages. Il cite l’exemple du moutya, qui s’est transformé au fil du temps : le sien propose des textes plus élaborés que ceux autrefois chantés au bonm, dans la lignée d’artistes comme Ton Pa. Cependant, il regrette que les jeunes générations se détournent de cette musique et, plus largement, de leurs racines culturelles. Selon lui, ils devraient se reconnecter à cet héritage, notamment par l’intermédiaire de leurs parents, afin de mieux comprendre le passé avant de composer avec les outils modernes. Il estime enfin que le Ministère de la Culture a un rôle essentiel à jouer pour encourager cette transmission et raviver l’intérêt pour les musiques traditionnelles.
Fanie Précourt
