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Fanie Précourt
4 août 2026
Issu du projet « Phonothèque Historique de l’Océan Indien : collecter, sauvegarder et partager le patrimoine musical », cofinancé par le programme Interreg VI OI 2021-2027, l’Ambassade de France aux Seychelles, la Région Réunion, la DAC et le conseil Départemental de La Réunion, ce travail s’inscrit dans la continuité des études organologiques menées à Mayotte en 2022 et à La Réunion en 2023. Dans cette dynamique, l’équipe de la PHOI a poursuivi sa mission de collectage aux Seychelles durant les mois d’octobre et de novembre 2025. Les témoignages recueillis, principalement auprès des musiciens et des facteurs d’instruments, ont pour objectifs de valoriser les pratiques musicales seychelloises, d’en assurer la transmission et la pérennité et de permettre au grand public de redécouvrir — ou de découvrir — les traditions passées et contemporaines ainsi que les instruments qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’identité culturelle régionale.
À travers ces podcasts, les artistes se livrent également sur leurs parcours et leurs conditions d’exercice actuelles. Ils dressent un état des lieux de la vie culturelle de l’archipel, évoquent les dynamiques en cours, mais aussi les difficultés et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Ces récits offrent ainsi un éclairage précieux sur les réalités contemporaines du secteur.
Ethnographie des musiciens - Interview de Pierre Prosper, Lorenza Piron, Victorin Laboudallon et John Wirtz - Mahé et Praslin, 10/25. Dans ce podcast, nous retrouvons Pierre Prosper et Lorenza Piron, natifs de l’archipel des Chagos, ainsi que Victorin Laboudallon et John Wirtz, deux musiciens ayant séjourné dans ces îles avant qu’elles ne deviennent inaccessibles à partir des années 1970. Pierre Prosper n’avait qu’un an lorsqu’il a subi la déportation massive et forcée des Chagossiens. Bien qu’il n’ait que peu connu son île natale, il reste profondément marqué par ce crime contre l’humanité. Aujourd’hui, il est le porte-parole des Chagossiens des Seychelles. À ce titre, il œuvre pour défendre leurs droits, rassembler les exilés et militer pour la restitution de l’archipel à son peuple. Il nous raconte que l’histoire du peuplement des Chagos remonte à 1776, avec l’implantation coloniale et l’arrivée des premiers travailleurs esclaves venus d’Afrique et de Madagascar pour travailler dans les cocoteraies. Les descendants de ces premiers habitants ont vécu paisiblement sur les îles jusqu’aux années 1960, développant leur culture, leur langue et leurs traditions musicales. Après la Seconde Guerre mondiale, les îles étaient administrées par la Chagos Agaléga Company, et de nombreux Seychellois s’y sont installés, mêlant progressivement leur culture à celle des habitants déjà présents, donnant naissance à une identité créole singulière. Entre 1967 et 1968, John Wirtz raconte avoir eu l’opportunité de se rendre à Diego Garcia, l’île principale de l’archipel, qui compte également Salomon et Peros Banhos qu’il n’a pu découvrir. Il y travaillait notamment à la récolte des noix de coco et à la pêche. La musique occupait une place importante dans la vie quotidienne : parmi les musiciens se trouvaient un violoniste et un guitariste. John a lui-même pu acheter une guitare lors du passage d’un yacht. Pour les percussions, on utilisait des tanbour moutya, des caisses ou encore des fûts métalliques qui remplaçaient la batterie. On jouait notamment du kanmtole. Avec la peau de raie bouclée (Raja clavata), on fabriquait également de petits tambours sur cadre. Et, comme le rappelle John avec humour, les moustiques étaient probablement les habitants les plus nombreux des îles. Il fut le premier musicien à revenir aux Seychelles et à composer des chansons dédiées aux Chagos, ouvrant la voie à d’autres auteurs comme Raymond Barat ou Victorin Laboudallon qui s’est rendu à deux reprises à Diego Garcia, en 1967 puis en 1980. Depuis de nombreuses années, Pierre Prosper travaille en lien avec le gouvernement de Maurice pour obtenir la rétrocession de l’archipel aux Chagossiens, malgré les fortes pressions politiques exercées par l’Angleterre et les États Unis. Ce combat s’inscrit dans le contexte de destins tragiques vécus par les exilés, comme celui de Lorenza Piron. Née à Diego Garcia, mariée à un Seychellois et mère de deux enfants nés aux Chagos, elle a été contrainte de quitter son île natale. Arrachée à sa terre et abandonnée par son mari, elle n’a jamais véritablement trouvé sa place dans la société seychelloise, marquant ainsi le profond déracinement vécu par les Chagossiens.
Fanie Précourt
