Lorenza Piron, exilée chagossienne aux Seychelles

Ethnographie des musiciens seychellois

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Fanie Précourt

31 juillet 2026

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Issu du projet « Phonothèque Historique de l’Océan Indien : collecter, sauvegarder et partager le patrimoine musical », cofinancé par le programme Interreg VI OI 2021-2027, l’Ambassade de France aux Seychelles, la Région Réunion, la DAC et le conseil Départemental de La Réunion, ce travail s’inscrit dans la continuité des études organologiques menées à Mayotte en 2022 et à La Réunion en 2023. Dans cette dynamique, l’équipe de la PHOI a poursuivi sa mission de collectage aux Seychelles durant les mois d’octobre et de novembre 2025. Les témoignages recueillis, principalement auprès des musiciens et des facteurs d’instruments, ont pour objectifs de valoriser les pratiques musicales seychelloises, d’en assurer la transmission et la pérennité et de permettre au grand public de redécouvrir — ou de découvrir — les traditions passées et contemporaines ainsi que les instruments qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’identité culturelle régionale.

À travers ces podcasts, les artistes se livrent également sur leurs parcours et leurs conditions d’exercice actuelles. Ils dressent un état des lieux de la vie culturelle de l’archipel, évoquent les dynamiques en cours, mais aussi les difficultés et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Ces récits offrent ainsi un éclairage précieux sur les réalités contemporaines du secteur.

Ethnographie des musiciens - Interview de Lorenza Piron - Mahé, 10/25.

Dans ce podcast, Lorenza Piron, Chagossienne née dans les années 1940 à Diego Garcia, dans l’archipel des Chagos, livre un témoignage bouleversant sur sa vie depuis l’exil forcé de 1970 vers les Seychelles. Fille d’une mère originaire de Peros Banhos, elle grandit sur son île natale où elle travaillait à la cocoteraie et participait aux battues dans les bois. Les matinées étaient consacrées au labeur, les après-midis à la pêche, tandis que les week-ends s’organisaient autour des fêtes et de la prière. Les samedis étaient rythmés par le sega, dansé aux sons des tambours sur cadre dont les membranes étaient fabriquées à partir de peaux de bourrique, de cheval ou de raie. Quand il n’y avait pas de triangle, on frappait les bouteilles en verre ou l’on entrechoquait des cuillères. Les femmes danseuses relevaient leurs jupes pour laisser apparaître leurs jupons face aux cavaliers qui « barraient ». Lorenza se souvient particulièrement de sa cousine Charlésia Alexis, chanteuse de sega très appréciée. Pourtant, avec le temps, les paroles des chansons se sont estompées de sa mémoire. Mère de cinq enfants d’un mari seychellois, Lorenza a vu sa famille dispersée par la déportation. Une partie des siens, dont sa sœur et sa cousine Charlésia, a été envoyée à l’île Maurice, où elle ne les a jamais revus depuis plus de cinquante ans. À son arrivée aux Seychelles, sans ressources, elle a dormi dehors, dans la forêt, confrontée à l’absence d’accueil et à la précarité. Aujourd’hui âgée et malade, elle vit modestement grâce à une petite pension qui lui permet à peine de subvenir à ses besoins et à ceux de son seul compagnon, son chat. Sa colère demeure vive envers les États-Unis, dont l’installation d’une base militaire à Diego Garcia a provoqué l’expulsion de tout un peuple, contraint d’abandonner maisons, biens et animaux brûlés sous leurs yeux. Habitée par la nostalgie, Lorenza ne nourrit plus qu’un seul rêve : retourner un jour sur son île natale. « Rendez-moi mon île », dit-elle, comme un appel à la mémoire et à la justice.

Fanie Précourt

   

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