Elvis Séraphine, joueur de tambour moutya

Ethnographie des musiciens seychellois

publié par

Fanie Précourt

9 juin 2026

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Issu du projet « Phonothèque Historique de l’Océan Indien : collecter, sauvegarder et partager le patrimoine musical », cofinancé par le programme Interreg VI OI 2021-2027, l’Ambassade de France aux Seychelles, la Région Réunion, la DAC et le conseil Départemental de La Réunion, ce travail s’inscrit dans la continuité des études organologiques menées à Mayotte en 2022 et à La Réunion en 2023. Dans cette dynamique, l’équipe de la PHOI a poursuivi sa mission de collectage aux Seychelles durant les mois d’octobre et de novembre 2025. Les témoignages recueillis, principalement auprès des musiciens et des facteurs d’instruments, ont pour objectifs de valoriser les pratiques musicales seychelloises, d’en assurer la transmission et la pérennité et de permettre au grand public de redécouvrir — ou de découvrir — les traditions passées et contemporaines ainsi que les instruments qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’identité culturelle régionale.

À travers ces podcasts, les artistes se livrent également sur leurs parcours et leurs conditions d’exercice actuelles. Ils dressent un état des lieux de la vie culturelle de l’archipel, évoquent les dynamiques en cours, mais aussi les difficultés et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Ces récits offrent ainsi un éclairage précieux sur les réalités contemporaines du secteur.

Ethnographie des musiciens - Interview d`Elvis Séraphine - Mahé 11/25.

Dans ce podcast, Elvis Séraphine, joueur de tanbour moutya né en 1975, revient sur ses débuts dans la musique traditionnelle. Dans sa famille, la musique était déjà présente : son grand-oncle était joueur de triyang et komandèr. Très jeune, il découvre les nuits de moutya et participe à ces veillées musicales aux côtés de grands batteurs, notamment David Dindin. À cette époque, il commence lui-même à jouer du tambour lors de ces soirées organisées le dimanche, de huit heures du soir jusqu’au lever du jour, en compagnie de son ami Channel Kilindo, dans les hauteurs de Bel Ombre. Par la suite, on l’encourage à quitter la montagne pour rejoindre la côte de Beau Vallon et vivre pleinement sa passion pour la musique. Il enregistre deux albums, Dibwa Pointe et Madeleine (2006), ce dernier étant resté huit mois dans les meilleures ventes. Il évoque avec émotion son attachement au tanbour moutya authentique. Même s’il utilise parfois des tambours à peau synthétique lors de prestations dans les hôtels pour des raisons pratiques (l’absence de nécessité de chauffer la peau, qui ne se détend pas), il reste attaché aux instruments traditionnels. Nostalgique d’une époque où cette culture était plus vivante, il rend hommage aux anciens à travers sa pratique musicale et ses compositions, cherchant à préserver et transmettre l’esprit du moutya d’antan.

Fanie Précourt