Joennise Juliette, chanteuse de séga et de « romans »
Ethnographie des musiciens seychellois
published by
Fanie Précourt
5 juin 2026
Issu du projet « Phonothèque Historique de l’Océan Indien : collecter, sauvegarder et partager le patrimoine musical », cofinancé par le programme Interreg VI OI 2021-2027, l’Ambassade de France aux Seychelles, la Région Réunion, la DAC et le conseil Départemental de La Réunion, ce travail s’inscrit dans la continuité des études organologiques menées à Mayotte en 2022 et à La Réunion en 2023. Dans cette dynamique, l’équipe de la PHOI a poursuivi sa mission de collectage aux Seychelles durant les mois d’octobre et de novembre 2025. Les témoignages recueillis, principalement auprès des musiciens et des facteurs d’instruments, ont pour objectifs de valoriser les pratiques musicales seychelloises, d’en assurer la transmission et la pérennité et de permettre au grand public de redécouvrir — ou de découvrir — les traditions passées et contemporaines ainsi que les instruments qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’identité culturelle régionale.
À travers ces podcasts, les artistes se livrent également sur leurs parcours et leurs conditions d’exercice actuelles. Ils dressent un état des lieux de la vie culturelle de l’archipel, évoquent les dynamiques en cours, mais aussi les difficultés et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Ces récits offrent ainsi un éclairage précieux sur les réalités contemporaines du secteur.
Ethnographie des musiciens - Interview de Joennise Juliette - Mahé, 10/25. Dans ce podcast, Joennise Juliette, née en 1971, revient sur son parcours et son engagement en faveur du patrimoine musical seychellois. Chanteuse de sega, de moutya et de romances anciennes d’origine française, elle débute sa carrière à seulement 17 ans, dans le cadre du Servis Nasyonal Lasanblez, avant de rejoindre la Ligue de la jeunesse seychelloise au sein du groupe “Les Berrets Rouges”, puis “Footstep”. Depuis une quinzaine d’années, elle se consacre pleinement aux musiques traditionnelles des Seychelles avec le groupe “Léko”, qui se produit aussi bien dans les hôtels que sur les scènes publiques. Cette formation réunit aujourd’hui un guitariste, un bassiste, un claviériste, un batteur, un joueur de tambour moutya ainsi que des danseurs. Elle évoque avec émotion les souvenirs de sa jeunesse, marquée par le tsinge et le sokwe : des répertoires anciens, chantés et dansés collectivement par les aînés, la nuit, après de longues journées de travail. Les danseurs de sokwe se paraient alors de feuilles de bananier, perpétuant des gestes et des rites chargés de mémoire. Longtemps reconnue pour ses interprétations et ses reprises de titres de David Philoé ou John Wirtz, Joennise s’oriente désormais vers la composition. Parallèlement à sa carrière artistique, elle mène un précieux travail de transmission : elle collecte auprès des personnes âgées des romances anciennes, les consigne par écrit et les transmet aux jeunes générations, contribuant ainsi activement à la sauvegarde du patrimoine musical seychellois.
Fanie Précourt
