Jean-Claude Mahoune, spécialiste des musiques traditionnelles seychelloises #2

Etude musicologique seychelloise

publié par

Fanie Précourt

12 mai 2026

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Issu du projet « Phonothèque Historique de l’Océan Indien : collecter, sauvegarder et partager le patrimoine musical », cofinancé par le programme Interreg VI OI 2021-2027, l’Ambassade de France aux Seychelles, la Région Réunion, la DAC et le conseil Départemental de La Réunion, ce travail s’inscrit dans la continuité des études organologiques menées à Mayotte en 2022 et à La Réunion en 2023. Dans cette dynamique, l’équipe de la PHOI a poursuivi sa mission de collectage aux Seychelles durant les mois d’octobre et de novembre 2025. Les témoignages recueillis, principalement auprès des musiciens et des facteurs d’instruments, ont pour objectifs de valoriser les pratiques musicales seychelloises, d’en assurer la transmission et la pérennité et de permettre au grand public de redécouvrir — ou de découvrir — les traditions passées et contemporaines ainsi que les instruments qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’identité culturelle régionale.

À travers ces podcasts, les artistes se livrent également sur leurs parcours et leurs conditions d’exercice actuelles. Ils dressent un état des lieux de la vie culturelle de l’archipel, évoquent les dynamiques en cours, mais aussi les difficultés et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Ces récits offrent ainsi un éclairage précieux sur les réalités contemporaines du secteur.

Etude musicologique - Interview n°2 de Jean-Claude Mahoune - Mahé, 10/25.

Dans ce podcast, Jean-Claude Pascal Mahoune, ancien chercheur au Ministère de la Culture des Seychelles, partage le fruit de ses recherches sur la musique traditionnelle seychelloise, marquée par des influences afro-malgaches, européennes et asiatiques. Il y évoque notamment le tsinge, découvert dans les baka house, interprété et chanté en dialecte notamment par le musicien Ton Pa (Jacob Marie). À la fois jeu et danse, le tsinge s’accompagnait de frappements de mains. Les paroles, souvent incomprises, seraient arrivées aux Seychelles avec les Africains enrôlés dans l’armée britannique durant la Seconde Guerre mondiale. La population locale en a ensuite reproduit les chants de manière phonétique. Dans ces contextes festifs, ces chants — souvent accompagnés d’alcool — permettaient de lutter contre la fatigue. Ces rassemblements, parfois mal compris, incluaient des rituels de partage, comme l’abattage d’un bœuf destiné à nourrir la communauté. La danse du tsinge s’accompagnait du bonm, bien que tout objet puisse servir à enrichir l’accompagnement rythmique. Fait notable, le bonm a été redécouvert aux Seychelles à travers la capoeira brésilienne plutôt que par une transmission locale continue. Jean-Claude évoque également le sokwe (du créole « secouer »), une danse masquée, unique aux Seychelles, généralement dépourvue de chant. Les danseurs y portaient des costumes faits de feuilles de bananier et évoluaient au rythme d’interjections. Surnommée de manière péjorative « danse des singes » ou « des babouins », elle impressionnait souvent les enfants. Cette danse concluait la partie théâtrale des festivités, notamment lors de la scène du festin. Avec humour, Ton Pa affirmait que le sokwe le plus spectaculaire pouvait être obtenu en lançant un scolopendre sur les danseurs. Ce musicien inventif et joueur de bonm a également contribué à faire évoluer la facture de la baguette utilisée pour ce cordophone. Attaché à la transmission de ces savoirs, Jean-Claude Mahoune conclut son entretien en exprimant son inquiétude pour la jeune génération, qui, selon lui, ne peut pleinement accéder à cet héritage en raison d’un manque de soutien institutionnel.

Fanie Précourt