publié par
Fanie Précourt
2 octobre 2026
Issu du projet « Phonothèque Historique de l’Océan Indien : collecter, sauvegarder et partager le patrimoine musical », cofinancé par le programme Interreg VI OI 2021-2027, l’Ambassade de France aux Seychelles, la Région Réunion, la DAC et le conseil Départemental de La Réunion, ce travail s’inscrit dans la continuité des études organologiques menées à Mayotte en 2022 et à La Réunion en 2023. Dans cette dynamique, l’équipe de la PHOI a poursuivi sa mission de collectage aux Seychelles durant les mois d’octobre et de novembre 2025. Les témoignages recueillis, principalement auprès des musiciens et des facteurs d’instruments, ont pour objectifs de valoriser les pratiques musicales seychelloises, d’en assurer la transmission et la pérennité et de permettre au grand public de redécouvrir — ou de découvrir — les traditions passées et contemporaines ainsi que les instruments qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’identité culturelle régionale.
À travers ces podcasts, les artistes se livrent également sur leurs parcours et leurs conditions d’exercice actuelles. Ils dressent un état des lieux de la vie culturelle de l’archipel, évoquent les dynamiques en cours, mais aussi les difficultés et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Ces récits offrent ainsi un éclairage précieux sur les réalités contemporaines du secteur.
Ethnographie des musiciens - Interview de Steve Esther - Praslin, 11/25. Dans ce podcast, Steve Esther, né en 1970 à Praslin, évoque sa passion pour les traditions seychelloises, qui l’a conduit à fonder un musée dédié au patrimoine culturel. Multi-instrumentiste, il s’attache particulièrement à préserver et valoriser les instruments aujourd’hui menacés de disparition, comme le zez, le tanbour moutya ou encore le bonm. Chaque jour, il joue pour les visiteurs de son musée, désireux de découvrir leurs sonorités. Il observe que les musiciens traditionnels se font de plus en plus rares à Praslin. Les anciens ont disparu et la relève peine à émerger. Lui-même est facteur d’instruments et perpétue des savoir-faire artisanaux en utilisant des matériaux locaux comme le bwa zozo et le bwa var, appréciées pour leur souplesse. Il constate toutefois la raréfaction de certaines matières premières, notamment les calebasses. Pour les cordes, il privilégie le nylon ou le métal, qui offrent une meilleure sonorité. Steve souligne également qu’ils ne sont plus nombreux à fabriquer des instruments traditionnels, et que les jeunes, bien qu’ils visitent le musée, se montrent davantage attirés par les musiques modernes. Il rappelle pourtant que le bonm, malgré son apparente simplicité, est un instrument exigeant, qui demande précision et maîtrise. Il s’inspire des anciens, comme Ton Pa qui enrichissait sa baguet bonm de sonnailles, tout en innovant : il utilise par exemple la noix de coco, abondante à Praslin, pour faire évoluer la facture instrumentale. Son makalapo, conçu pour être transportable, se distingue du modèle traditionnel associé aux esprits et forces profondes de la terre. À travers ces adaptations, Steve Ester cherche à conjuguer respect des traditions et créativité, afin de maintenir vivant un patrimoine fragile.
Fanie Précourt
